La finaliste socialiste et le candidat centriste ont dialogué pendant près de deux heures.
Avec quinze minutes de retard, le "dialogue" entre Ségolène Royal et François Bayrou, animé par Ruth Elkrief, Olivier Mazerolle, Jean-Jacques Bourdin et Dominique de Montvallon, a commencé. Un débat d'entre deux tours inédit sous la Vème République, qui a été précédé d'une entrevue en tête-à-tête entre les deux intervenants dans une "pièce isolée", selon BFM-TV, et qualifié de "petite combine dans un hôtel parisien" par Nicolas Sarkozy.
Les raisons du débat. Les deux protagonistes sont invités à expliquer les raisons qui les ont poussé à tenir ce débat public. Pour Ségolène Royal, il s'agit de savoir "sur quels thèmes" et "comment" faire "un bout de chemin ensemble". D'emblée, elle dit ne pas attendre de François Bayrou un "ralliement" en forme de "coup de théâtre". Le leader de l'UDF déclare, lui, que "rien n'est plus nécessaire que de faire bouger les lignes et les attitudes", et souligne avoir proposé à Nicolas Sarkozy de dialoguer avec lui de la même manière.
Réformer les institutions. Bayrou et Royal semblent s'accorder sur la réforme de la Vème République. Ils se rejoignent notamment sur la suppression de l'article 49-3 ou l'interdiction de vote pour les députés absents dans l'Hémicycle. François Bayrou renchérit: "la Vème République, ça ne marche plus. Partout où il y a monopole, il faut mettre le pluralisme. Ca suffit le pouvoir concentré." De même, le centriste et la socialiste veulent interdire aux groupes vivants des commandes publiques de posséder des grands médias, François Bayrou insistant sur les "pressions" qui auraient précédé ce débat.
Euro-compatibles ? François Bayrou estime qu'une partie de ceux qui ont voté 'non' au référendum sur la constitution européenne ont cru à un « piège », la faute à un texte « illisible » et aux « conditions » des négociations d'adhésion de la Turquie. Ségolène Royal veut avant tout un texte « utile pour l'Europe », qui permette à l'Union Européenne de « combattre le chômage » et de « lutter contre les délocalisations ». Tous deux souhaitent soumettre un nouveau texte au référendum, mais divergent sur le volet social. François Bayrou repousse notamment l'idée « pas sérieuse » d'un salaire minimum européen. « C'est un objectif, un idéal européen », avance Ségolène Royal. Elle veut que les 27 commencent par définir chacun leurs propres salaires minimum et organiser ensuite leur convergence, mais refuse de se prononcer sur le niveau final d'un tel salaire.
Economie, le désaccord. Les journalistes rappellent les déclarations précédentes des deux protagonistes quant à l'importance de réduire la dette. Terrain d'entente ? Pas pour Bayrou, pour qui « l'addition des promesses » du Pacte présidentiel de Royal est un « mauvais choix ». Le centriste en profite pour adresser à Nicolas Sarkozy qui, selon lui, promet des baisses d'impôts irréalisables. « Je suis en désaccord assez profond avec l'orientation économique » de Ségolène Royal, dit François Bayrou, ajoutant que la relance économique par la distribution de sommes financières à certaines catégories ne « marche pas ». Royal se défend : ses dépenses seront « actives » et rapporteront « plus d'argent qu'elle n'en coûte ».
35 heures. "Je voudrais savoir à quelle Ségolène Royal je parle ?", ironise Bayrou, en s'amusant des changements d'avis de la candidate à ce sujet. "Ce qui est important, ce n'est pas le dogme du chiffre", répond Royal, pour qui "la modernisation du pays passe par le compromis social". Elle maintient cependant sa volonté de les "généraliser" pour un système "gagnant-gagnant". Bayrou répond: "Nicolas Sarkozy n'a jamais proposé de supprimer la loi sur les 35 heures, Ségolène Royal non plus, et moi non plus". Il n'en reste pas moins attaché à la "souplesse" pour les PME.
Petites retraites. Les rôles s'inversent : « Vous avez dit, 'on va augmenter de 5% les petites retraites et le minimum vieillesse', je vous propose d'aller plus loin », dit Bayrou en mettant en avant la petite retraite de sa mère. La candidate socialiste s'amuse, et souligne la « dette » de la France, mais propose de hausser les petites retraites au niveau du SMIC « au plus vite ».
Accord sur le "tissu social". « Il faut remettre du service public au cœur des quartiers. Les jeunes ont peur des policiers et se sauvent même quand ils n'ont rien fait, les policiers ont peur d'aller dans ces quartiers », dit Royal, qui approuve l'idée de Bayrou sur l'ouverture des commissariats 24 heures sur 24. Elle souhaite également des dispensaires de proximité, et propose l'augmentation du budget de la Justice. « Je suis pour l'essentiel d'accord avec cette approche », répond Bayrou. « Il n'y a aucune chance d'avoir un pays en sécurité si on ne l'apaise pas », ajoute-t-il en dénonçant des « opérations coup de poing ».
Environnement. Bayrou juge irréalisable une sortie du nucléaire, et veut maintenir le dispositif nucléaire français. Les deux candidats s'accordent en revanche sur la question de l'EPR et la nécessité de faire des énergies renouvelables un « terrain d'excellence » de l'industrie française.
« Signes extérieurs » d'identité nationale ? « La France, ce ne sont pas des signes extérieurs, ce sont des valeurs. Des goûts et des trois couleurs, on ne discute pas », déclare François Bayrou au sujet de la polémique sur les drapeaux que Ségolène Royal voulait voir à chaque balcon. Il affirme n'avoir « pas le même emballement » au sujet du drapeau français.
Quel bilan pour ce débat ? Ségolène Royal y voit un "moment de modernisation de la politique française". Pour autant, "ce sera aux spectateurs" de décider si leurs convergences l'emporte sur leurs différences. Elle maintient son ambition de "faire un bout de chemin ensemble". François Bayrou, de son côté, se dit heureux d'avoir pu aider les citoyens à se faire une idée, lui qui n'a pas encore pris sa décision pour le second tour. « Nous sommes coresponsables de la France qui vient », dit-il à l'intention de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
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